Depuis une décennie, différents outils se développent en intelligence artificielle pour générer du contenu à partir d’instructions d’un utilisateur. La traduction automatique a connu cette révolution en premier. Aujourd’hui, c’est le métier de rédaction de comptes rendus qui se retrouve à son tour challengé, notamment par les solutions de transcription automatique de la parole. L’arrivée de ChatGPT et, plus largement, des IA génératives a accéléré cette dynamique et a plongé le monde de l’écriture dans une nouvelle ère.

Directement concerné par ces évolutions, AB Report suit avec attention l’état de l’art et l’évolution des technologies disponibles. Après plusieurs mois d’analyses et de tests poussés, un constat s’impose : en l’état, les outils de transcription automatique sont globalement insatisfaisants, et les documents générés restent trop bruts pour être directement exploitables. Ils ne peuvent pas atteindre le niveau de qualité Le premier verrou : identifier correctement “qui dit quoi”

Un compte rendu n’est pas une simple captation de paroles. C’est un document de décision, qui engage. Or, pour être fiable, il doit attribuer correctement les interventions, les positions, les objections et les décisions aux bons interlocuteurs.

Dans la réalité des réunions, la reconnaissance des intervenants (diarisation) est encore trop fragile. Elle peut fonctionner de manière acceptable en “ visioconférence”, lorsque chaque participant dispose d’un canal audio distinct et stable. Mais cette configuration ne représente qu’une part limitée des usages : chez les clients AB Report, elle concerne environ 20 % des réunions. Dès que la réunion se déroule en présentiel, en hybride, avec un micro partagé ou une acoustique imparfaite, l’IA peine à distinguer précisément les locuteurs. Résultat : des verbatims attribués au mauvais intervenant, des prises de parole fusionnées, ou des passages non attribués, rendant le document risqué et difficilement utilisable.

Une dépendance forte à la qualité sonore et aux conditions réelles de réunion

Les outils de transcription donnent souvent une impression de performance… tant que l’environnement est “idéal”. Or, la réalité d’une réunion est rarement idéale.

La retranscription dépend fortement d’un enregistrement de haute qualité : absence de bruits parasites, pas de conversations collectives, pas d’échanges qui se chevauchent, des locuteurs qui se succèdent sans se couper la parole. Dans les faits, on observe régulièrement l’inverse : apartés, interruptions, rires, salles réverbérantes, participants éloignés du micro, connexions instables en visio, etc.

Dans ces conditions, l’IA ne commet pas seulement des erreurs de mots : elle déforme parfois le sens. Dans un compte rendu, la perte de sens est plus critique que la faute de frappe. Une transcription “à peu près” correcte peut produire un document “à peu près” faux, ce qui est inacceptable dès lors que l’on rend compte de décisions, d’engagements, d’avis.

Du texte brut n’est pas un compte rendu : structurer, hiérarchiser, mettre en forme

Même lorsque la transcription est relativement fidèle, un autre problème apparaît : le livrable.

La plupart des solutions produisent une rédaction “au kilomètre” : un texte linéaire, sans mise en page, sans ordonnancement, sans plan. Or, un compte rendu exploitable suppose une structuration claire, respectant l’ordre du jour, avec des titres, une numérotation, une hiérarchie de points.

Cette transformation n’est pas cosmétique : elle relève d’un travail de synthèse et de rédaction orienté lecteur. Elle exige de comprendre l’intention derrière les échanges, de regrouper des propos dispersés, d’éliminer le bruit, de reformuler sans trahir, et de présenter une trace claire de la réunion. Les IA génératives peuvent aider ponctuellement, mais elles restent inconstantes sur la fiabilité, le niveau de preuve (“ai-je réellement entendu cela ?”) et le respect strict des formulations clés.

Comprendre le contexte, l’implicite et les non-dits : un défi encore majeur

Le sens ne se limite pas aux mots prononcés : il dépend du contexte, des références internes, des acronymes “maison”, des enjeux politiques, des rapports de force, de ce qui est volontairement atténué, ou au contraire martelé.

L’IA a encore du mal à :

  • interpréter correctement les implicites (ce qui est suggéré sans être dit),
  • relier une remarque à une décision antérieure ou à un dossier plus large,
  • distinguer une hypothèse d’une validation,

Dans un compte rendu, ces nuances font la différence entre un document informatif et un document juridiquement et opérationnellement dangereux.

L’incontournable étape de contrôle : la responsabilité éditoriale

Un compte rendu de qualité n’est pas uniquement “bien écrit”. Il doit être exact, cohérent, vérifiable, et conforme au niveau de confidentialité attendu.

Même avec de bons outils, l’intervention humaine reste indispensable pour :

  • vérifier la justesse des propos et des attributions,
  • corriger les contresens liés à l’audio ou au contexte,
  • structurer selon l’ordre du jour et les priorités réelles,
  • reformuler avec neutralité (sans interprétation abusive),
  • produire un livrable directement exploitable par les équipes.

Autrement dit : l’IA peut contribuer à accélérer certaines étapes, mais elle ne remplace pas la responsabilité éditoriale et la rigueur méthodologique nécessaires à un compte rendu professionnel.

Conclusion : l’IA progresse, mais l’humain reste la garantie d’un document exploitable

Les outils de transcription et d’IA générative évoluent rapidement et continueront de s’améliorer. Toutefois, en l’état, ils ne répondent pas aux exigences de fiabilité, de structure et de qualité qui font la valeur d’un compte rendu de réunion.

Face aux limites constatées — impossibilité fréquente de reconnaître les intervenants (hors full visio), dépendance à la qualité des enregistrements et aux conditions de réunion, production de texte brut sans mise en forme ni ordonnancement — l’intervention humaine sur les retranscriptions automatiques, afin d’obtenir des documents réellement exploitables, reste incontournable.

AB Report continuera de suivre ces technologies avec attention, en gardant une ligne claire : livrer des comptes rendus structurés, fidèles, lisibles et immédiatement utiles aux décideurs et aux équipes.

 

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